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Créé
en 1988 pour travailler sur la justice constitutionnelle, le CERCOP, sans
abandonner cet objet mais au contraire en s’appuyant sur les résultats
de ses recherches, a élargi, à partir de 1992, le champ
de ses investigations. Inscrivant sa réflexion dans la logique
ouverte par la pensée herméneutique, il s’est donné
pour projet de comprendre les transformations des paradigmes classiques
du droit et de la démocratie en France et à l’étranger.
Reconnu comme
« jeune équipe » dès 1990, le Cercop est équipe
d’accueil du DEA de droit public général et du DEA
de droit communautaire et européen. En organisant régulièrement
des séminaires, des journées d’études et des
colloques auxquels participent de nombreux universitaires étrangers,
il offre un lieu de réflexion, de débat et de travail sur
la jurisprudence constitutionnelle française et étrangère,
sur les droits fondamentaux, sur les systèmes constitutionnels
étrangers et sur la philosophie et la théorie du droit.
Accordant une
place importante à la comparaison des systèmes constitutionnels,
le Cercop a noué des relations scientifiques avec de nombreuses
équipes de constitutionnalistes et/ou de théoriciens et
philosophes du droit en Europe, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, au
Japon, au Canada, aux Etats-Unis et en Amérique latine. Le Cercop
travaille également en partenariat avec la Commission pour la démocratie
par le droit, commission du Conseil de l’Europe, et a organisé
plusieurs séminaires à destination des juges constitutionnels
des pays membres du Conseil de l’Europe.
Le projet de recherche du Cercop a été reconnu, en 1997,
comme axe prioritaire du Pôle universitaire européen de Montpellier. |
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Le
projet de recherche
Alors que la Vème
République est née sans considération ni respect
particuliers pour le droit constitutionnel, cette discipline s’est,
sous son règne, développée, transformée et
démultipliée comme jamais auparavant. Partout il n’est
question que de Constitution ; même l’Union européenne
semble ne plus devoir parler le vocabulaire « internationaliste
» ou « communautariste » mais le langage « constitutionnel
».
Texte condamné,
à la fin des années 1950, à accompagner la Raison
dans les oubliettes de l’histoire – selon la formule de G.
Burdeau – texte presque abandonné à la même
époque par ceux qui étaient chargés de l’enseigner,
il paraît, aujourd’hui, informer l’ensemble de la société
et retrouve non seulement universitaires et chercheurs juristes mais aussi
philosophes, politistes, sociologues, historiens, mais aussi juges, hommes
politiques et même, ce n’est pas la moindre des choses, ses
« auteurs-destinataires », les citoyens.
Le projet du Cercop est de comprendre cette transformation : quels sont
les facteurs qui l’ont rendu possible ? comment se manifeste-t-elle
? quelle réorganisation des savoirs entraîne-t-elle ? de
quelle légitimité peut-elle se prévaloir ? quels
effets sur la figure classique de la démocratie représentative
? quelles correspondances avec les transformations constitutionnelles
à l’étranger ?
L’hypothèse
de départ est que la constitution, sans perdre sa dimension d’organisation
du pouvoir politique, s’est transformée pour représenter
principalement l’acte qui énonce les droits des hommes dans
chacune des sphères de leur activité sociale. Par cette
représentation, l’espace des citoyens (celui des droits fondamentaux)
se trouve symboliquement dissocié de l’espace des représentants
(celui de l’organisation de la sphère du pouvoir politique)
et acquiert une autonomie comme lieu possible de formation de la volonté
générale. Mais, comme la constitution est un énoncé,
elle est toujours un projet inachevé en ce qu’elle est faite
de mots dont le sens est sans cesse (re)défini par tous ceux qui
en font usage. Et parmi ceux-là, les juges constitutionnels ont
un rôle particulier puisqu’ils se présentent comme
la scène où se réfléchissent les rapports
entre l’espace des citoyens – ou espace public – et
l’espace du pouvoir politique. Dès lors, la question d’une
nouvelle configuration politique peut être posée. Elle n’a
plus la nation comme cadre indépassable de sa pratique : en dégageant
un ensemble commun de droits fondamentaux, les juges constitutionnels
européens construisent un patrimoine constitutionnel européen
qui « fonctionne » comme une culture constitutionnelle dans
laquelle se socialisent les citoyens européens et qui « appelle
» un espace public européen structuré par une constitution
européenne. Elle n’a plus la forme représentative
comme mode indépassable de son organisation : la représentation
de l’espace des citoyens comme lieu où se forment les exigences
normatives et des juges constitutionnels comme l’institution qui
porte ses exigences au sein même du système de pouvoir en
soumettant ses décisions à leur contrôle ouvre peut-être
sur ce qu’il est proposé d’appeler « une démocratie
continue ».
Pour « cultiver
» cette hypothèse, le Cercop travaille à partir de
l’objet-probléme justice constitutionnelle : ses modes d’organisation,
ses jurisprudences, ses méthodes de raisonnement, ses relations
avec les autres « acteurs » constitutionnels, sa contribution
à la normativité des énoncés constitutionnels,
la part relative de liberté et de contrainte dans la production
des principes constitutionnels, les discours doctrinaux de rationalisation
et de légitimation de son rôle, sa participation à
une représentation renouvelée de l’exigence démocratique,
son inscription dans la logique des courants jus positivistes et jus naturalistes
et sa compréhension dans les logiques analytiques, … Ce travail
de recherche se réalise en privilégiant l’échange
avec les autres disciplines – le philosophie, la sociologie, l’histoire,
la linguistique, … - le comparatisme – sans en faire un nouveau
normativisme – et s’inscrit dans la problématique générale
des théories de l’interprétation.
Dominique
ROUSSEAU |
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